Parole de Maker ! Rencontre avec Pauline Vialaret, cofondatrice de l'association Terre 2 Cultures
18.03.2026

Quelle maker es-tu ?

Je suis originaire du Tarn-et-Garonne, fille d’agriculteurs. J’ai grandi dans le monde rural, où j’ai moi-même travaillé très jeune comme saisonnière.

Je suis éducatrice spécialisée de métier. J’ai consacré une première partie de ma vie à accompagner des personnes en grande précarité et en souffrance psychique, notamment au Samu social de Paris.

Ce parcours m’a confrontée à des situations extrêmement dures, et à un système parfois dépassé, qui peine à apporter des réponses à la hauteur de la dignité humaine. Je garde en mémoire des moments très marquants, comme devoir orienter quelqu’un vers des solutions que l’on sait insuffisantes... par exemple, dormir dans un parking.

Aujourd’hui, je me définis comme une pragmatique engagée, qui a choisi de transformer ses constats en action concrète. Et pour faire avancer les choses, il me faut de temps en temps jouer un rôle de militante !

Quelle alternative concrète portes-tu ?

Avec Terre 2 Cultures, l’association que j’ai cofondée en 2019, nous faisons le lien entre deux réalités :

  • un monde agricole en recherche de main-d’œuvre,
  • et des personnes réfugiées, souvent issues elles-mêmes de milieux agricoles.

Nous proposons une autre manière de penser l’intégration des personnes réfugiées... et une autre manière de penser le travail agricole.

Notre approche est simple et concrète : on offre un package complet avec un emploi chez un agriculteur, que l'on accompagne aussi, nous garantissons une solution de logement digne, et un accompagnement humain de proximité.

Nous croyons que l’intégration passe d’abord par le travail, l’autonomie et le lien social.

Contrairement à certains parcours très théoriques, nous faisons le pari de la confiance : les personnes réfugiées sont capables d’être opérationnelles rapidement, dès lors qu’on leur donne leur chance.

Notre équipe fonctionne beaucoup en pair-aidance, avec une forme de mentorat par des personnes qui ont elles-mêmes traversé ces parcours. Cela change tout dans la relation et dans l’efficacité.

Si je te donne une baguette magique, que fais-tu immédiatement pour faire gagner cette alternative ?

Si j’avais une baguette magique, je commencerais par réduire les peurs et les idées reçues, qui freinent encore beaucoup les collaborations, notamment dans le monde agricole.

Je faciliterais les liens entre acteurs publics et terrain, pour que des initiatives comme la nôtre puissent trouver plus facilement leur place et être reconnues.

Je ferais aussi évoluer certains modèles de travail très précaires, pour encourager des formes d’engagement plus durables, bénéfiques à la fois pour les agriculteurs et pour les personnes accompagnées.

Enfin, je redonnerais du temps et de l’attention à l’humain : sortir d’une logique uniquement guidée par l’urgence ou la performance, pour remettre au centre la qualité des relations et la dignité de chacun.

Mon souhait, c’est que cette alternative devienne contagieuse par la preuve :
montrer que, partout où on crée du lien, de la confiance et des conditions dignes, ça fonctionne.

Parce que, au fond, la ruralité française a toujours été une terre de rencontres, de transmission et de solidarité.

Quel(le) autre maker inspirant(e) devrions-nous absolument rencontrer ?

Je te recommande de rencontrer Clémence Skierkowski, cofondatrice de la CADA-ferme "La Terre en Partage", une association qui accueille des demandeurs d’asile dans un lieu de vie participatif, en combinant hébergement, apprentissage du français et activités agricoles en permaculture.

Matthias Huchet
Facilitateur d'intuition
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