Je dirais que je suis quelqu’un qui ne supporte ni l’injustice ni le fatalisme.
Je crois que cela a toujours été là. Cette incapacité à accepter les choses telles qu’elles sont quand elles ne font pas sens. Et en même temps, je suis quelqu’un de très pragmatique. J’ai besoin de comprendre, de décortiquer, d’essayer d’imaginer des solutions, et surtout d’agir.
Je suis ingénieure en agroalimentaire de formation et j’ai passé près de quinze ans chez McDonald’s, où j’ai travaillé sur le développement et l’optimisation de produits pour l’Europe. Cela m’a donné une vision très concrète de la manière dont fonctionne le système alimentaire, avec ses contraintes, ses forces, ses angles morts aussi. Cela m'a aussi permis de constater qu'en fédérant des personnes compétentes et motivées, et en s'inspirant des bonnes pratiques existantes, on peut arriver à rendre possible ce qui, de prime abord, semble impossible.
Mais ce qui me caractérise le plus aujourd’hui, c’est ma capacité à connecter. Connecter des gens, des idées, des univers. C’est quelque chose que je fais très naturellement. J’aime mettre autour de la table des personnes qui ne se seraient jamais rencontrées, mais dont je me dis qu’elles pourraient faire de belles choses ensemble, et laisser la magie opérer. Apprendre que certaines de ces connexions débouchent sur de beaux projets ou des amitiés m’apporte énormément de joie.
C’est vraiment ça qui me fait vibrer.
Tout est parti des cantines scolaires.
Je suis arrivée là par hasard, en tant que parent d’élève. Mes enfants me disaient que ce n’était pas bon, alors qu’il leur arrivait parfois de se contenter de manger du pain tant certains plats peinaient à les séduire. Au début, je me suis dit que c’était comme quand on était enfants, que ce n’était pas terrible mais que ce n’était pas très grave.
Et puis je suis allée à une commission menus. J’y ai porté la parole des enfants qui étaient nombreux à ne pas être satisfaits. J’ai posé quelques questions sur la qualité des produits, sur les process afin de mieux comprendre ce qui se cachait derrière les menus colorés affichés à la porte de l’école.
J’ai alors compris que la restauration scolaire était un univers complexe soumis à de multiples contraintes et pu constater, à travers les réponses qui m’ont été données, une forme de déni face au ressenti des enfants et des parents et beaucoup de fatalisme quant à la possibilité de faire mieux au niveau de ma commune.
Cela m’a interpellée.
J’ai commencé à creuser, à m’impliquer, à mobiliser d’autres parents. On a monté un collectif de parents dans ma commune, on a essayé, non sans peine, de faire bouger les choses localement.
En parallèle, au gré de mes rencontres dans l’univers de la restauration collective, j’ai vite réalisé que ce que subissaient mes enfants et d'autres n’était pas une fatalité. Je me suis dit que mon énergie et mes connaissances pouvaient peut-être être utiles, au-delà de mon investissement local.
C’est comme ça qu’est né le projet Cantines Rêvolution - pour des cantines de rêve où tous les enfants se régalent, avec l’idée de faire bouger les lignes dans les cantines.
On occulte trop souvent encore l’essentiel : que les repas servis soient appréciés et mangés par les enfants et que toutes les cantines remplissent leur rôle nourricier et leur rôle d’éveil à une alimentation saine, variée et durable, en réconciliant santé et plaisir.
Je trouve que, dans certains cas, on a trop souvent tendance à se justifier avec des chiffres comme le pourcentage de produits bio utilisés en comparaison des objectifs fixés par la loi Egalim ou le budget consacré par la collectivité pour les cantines.
Mais comme je le dis souvent : les enfants ne mangent pas des cases de tableaux Excel !
On a mené une étude nationale pour objectiver les choses, pour sortir du ressenti. On a donné de la visibilité au sujet, on a commencé à embarquer des acteurs, à créer du dialogue.
Je suis partie d’une indignation personnelle, et petit à petit, cela s’est structuré. De “bête noire des cantines” de ma mairie, je suis devenue la maman engagée qui essaie de porter la voix des enfants et des parents de façon constructive au niveau national.
Je pense que je commencerais par mettre un coup de projecteurs sur les cantines vertueuses, pour casser les idées reçues sur la restauration scolaire.
Il y a des collectivités qui font des choses incroyables. Donc ça veut dire que c’est possible.
Si j’avais une baguette magique, je ferais en sorte que ces bonnes pratiques soient partagées, diffusées, adaptées. Que l’on réalise que certains arrivent à faire mieux, que l’on accepte d’étudier les bonnes idées, d’où qu’elles viennent, et même si elles demandent des ajustements pour répondre parfaitement aux besoins de son territoire. Qu’on arrête de réinventer la roue chacun dans son coin.
Et surtout, je reconnecterais les décisions avec la réalité du terrain, en valorisant la parole de celles et ceux qui sont sur le terrain, qui font et vivent la restauration scolaire au quotidien : les cuisiniers et cuisinières, agent.e.s de restauration, animateurs et animatrices du temps périscolaire, sans oublier les premiers concernés : les enfants.
On ne peut pas transformer un système sans vision et sans comprendre comment il fonctionne concrètement, et sans impliquer l’ensemble des parties prenantes.
C’est le point de départ du Manifeste pour le bien manger à l’école que nous avons imaginé avec nos partenaires L’École Comestible, Aux Goûts du Jour, Les Insatiables et Du Vote à l’Assiette. Celui-ci a été signé par près de 300 personnalités et organisations, dont 200 candidats et candidates aux élections municipales.
Il est à la disposition de toutes celles et ceux qui souhaitent agir pour le bien manger à l’école, parents comme élu.es, sur le site de l’Association de l’Alimentation Durable.
Le livre que j’ai écrit, “Mission cantines scolaires - quand une maman professionnelle de l’alimentation s’engage”, paru en 2025 aux Éditions Michalon, permettra à celles et ceux qui voudraient aller plus loin de tout apprendre sur les cantines.
Et puis il y a une question de fond, qui est celle de l’alimentation qu’on choisit de proposer, au-delà du respect du cadre réglementaire. Qu’est-ce qu’on rend accessible au plus grand nombre, et dans quelles conditions ?
Je vous dirais Katia Tardy.
Elle est cofondatrice de la biscuiterie Handi-gaspi, qui produit les délicieux biscuits engagés de la marque Kignon. Elle porte un projet qui me parle beaucoup.
Avec ses associées et leur équipe, elle travaille à la fois sur l’anti-gaspillage et l’inclusion, en valorisant des invendus pour en faire des produits gourmands, tout en créant de l’emploi pour des personnes en situation de handicap.
Je trouve cela très puissant, parce que cela montre qu’on peut concilier impact social, impact environnemental et plaisir. Et cela, dans l’alimentation, c’est exactement le genre de modèle dont on a besoin aujourd’hui.
Et je pense que cela ferait une très belle suite à cette conversation.
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