À table avec… la Corée du Sud : et si manger était un acte collectif ?
04.05.2026

Quelques jours passés à Séoul, et l’impression d’avoir traversé une ville qui ne dort jamais… mais qui mange toujours ensemble.
Au-delà des néons, des écrans et du rythme effréné, la Corée du Sud révèle une autre modernité : celle du vivre-ensemble par la nourriture. Ici, le repas n’est pas un moment à part. C’est une scène du quotidien, un rituel social, une manière de faire communauté.

Le repas comme pratique collective

Autour d’une table coréenne, il n’y a pas “mon plat” et “le tien”.
Tout est posé au centre : les banchan, ces dizaines de petits accompagnements à partager, forment un paysage culinaire mouvant où les plats circulent et se transforment.
Le barbecue coréen en est la métaphore la plus claire : on cuit ensemble, on se sert, on veille à ce que personne n’ait son bol vide.
Derrière tout ça, il y a une autre manière d’être à table : plus collective, plus attentive.
Ici, on ne mange pas chacun pour soi.

Le traditionnel barbecue Coréen avec les banchan disposés sur la table.

Le marché de Gwangjang : la ville à table

Au cœur de Séoul, le Gwangjang Market incarne cette manière de manger ensemble.
Sous ses allées couvertes, on mange côte à côte sur des bancs, dans la chaleur et le brouhaha des woks.

Un homme à table au marché de Gwangjang

Ce n’est pas un décor pour touristes : c’est un lieu de vie.
Les Imo 이모 (les "tantes"), ces femmes du marché à la voix assurée, tiennent leurs stands depuis des décennies. Elles façonnent les mandu à la vapeur, roulent le gimbap avec précision, remuent les marmites de tteokbokki rouge vif, découpent le sundae encore chaud. Plus loin, elles retournent les hotteok dorés dont l’odeur de cannelle attire les passants.

Autour de ces plats simples et puissants, elles nourrissent la ville jour après jour. Par la répétition des gestes, par la constance des recettes, elles deviennent gardiennes du goût et de la mémoire. Elles transmettent sans expliquer, simplement en cuisinant, en servant, en recommençant.

La fermentation, ou le temps comme ingrédient

Derrière chaque table, chaque stand, il y a quelque chose qui travaille en silence : le temps.

En Corée, la fermentation ne se limite pas au kimchi. Elle traverse toute la cuisine du quotidien. Légumes lacto fermentés, radis, choux, concombres, mais aussi pâtes de soja comme le doenjang, sauces comme le ganjang ou le gochujang, nouilles et gâteaux de riz parfois laissés à évoluer.

À l’origine, il y a une contrainte très concrète : conserver les aliments pendant les hivers longs, sans réfrigération. On sale, on enterre, on stocke dans des jarres. On laisse faire. Aujourd’hui encore, cette logique perdure, même si les jarres ont souvent été remplacées par des frigos dédiés.

Au marché comme à la maison, on sait qu’un goût se construit dans la durée. Le kimchi change avec les jours. Les pâtes fermentées se bonifient avec les mois. Rien n’est figé, rien n’est totalement maîtrisé.

Cette manière de cuisiner dit quelque chose de plus large. On accepte l’attente, l’évolution, l’imprévu. On fait confiance au vivant. Et dans ces aliments qui prennent leur temps, on retrouve la même idée que dans le repas partagé : ce qui compte se construit lentement, collectivement, sans chercher à tout contrôler.

Tradition et modernité main dans la main

Ce qui frappe, c’est la cohabitation : une main qui tapote un smartphone pendant que l’autre tourne la soupe, un plat ancestral photographié avant d’être partagé sur KakaoTalk.
La Corée du Sud ne rejette rien : elle absorbe, elle mixe, elle compose. Les stands de rue coexistent avec les livraisons par drone.
C’est une modernité qui reste enracinée, où la vitesse du monde ne détruit pas la lenteur du geste.

Fragments visuels

Parce qu’une exploration ne se fait jamais sans appareil photo, voici quelques images captées au fil du voyage…

Ce que je retiens

En Corée, on ne mange pas seul.
On ne cuisine pas pour soi.
Chaque plat raconte une idée simple : la chaleur humaine se cultive autour d’un plat partagé.
Et si cette philosophie du “manger ensemble” inspirait nos transitions alimentaires ?

Chez AlterMakers, nous explorons les cultures alimentaires.

Moi, je capture les visages, les gestes et les lieux qui les incarnent.

À travers notre méthode Les Explor’Alters, nous aidons nos clients à comprendre comment les pratiques et les imaginaires du goût façonnent nos manières de consommer, de partager et d’innover.

De Séoul à La Réunion, du Ghana à Marseille, nous allons sur le terrain pour écouter, observer et transformer ces récits en leviers de changement durable.

Paul Bill
Vidéaste et créateur de récits
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