La créativité, l’innovation « 100 % naturelle »
20.02.2020

Schumpeter avait raison.

Au 20ème siècle, l’innovation est devenue de plus en plus intensive. Les rythmes se sont accélérés, la production de l’innovation est devenue industrielle. De moins en moins naturelle.

Dans leur course à l’innovation, certaines entreprises ne lésinent pas sur les études de marché, le planning stratégique, la R&D, la formation, le recours à des consultants.

D’autres, plus modestes, ne peuvent pas déployer un tel arsenal, mais s’en tiennent toutefois à une approche mercantile de l’innovation : semer des graines, les faire pousser à moindre frais, dans l’espoir d’en tirer un bénéfice dans des délais raisonnables.

Sommes nous condamnés à faire fonctionner ce régime à marche forcée ?

J’ai eu envie de faire un tour d’horizon des phénomènes d’innovation au naturel, dont nos organisations peuvent évidemment s’inspirer aujourd’hui et demain.

Comment sont nées les inventions qui ont marqué l’histoire ? Grâce à quels mécanismes les grandes découvertes ont elles été réalisées ? La roue, le feu et l’eau chaude qui va avec ?

PHÉNOMÈNE 1 : LA SÉRENDIPITÉ

La sérendipité est probablement le service de R&D le plus prolifique et le moins cher du monde.

La tarte Tatin, les bêtises de Cambrai, le continent américain ou encore la pénicilline ont tous été inventés ou découverts par sérendipité : alors qu’on cherchait autre chose.

LA SÉRENDIPITÉ = un HEUREUX HASARD + de la SAGACITÉ
Horace Walpole

Lorsqu’une invention naît spontanément sous nos yeux, encore faut il avoir la sagacité, la perspicacité pour s’en rendre compte.

Pasteur écrivait :
« Le hasard ne favorise que les esprits préparés. »

La sérendipité est donc un de ces phénomènes d’invention au naturel dont on peut s’inspirer dans les méthodes de créativité. Par exemple, la spontanéité des participants et les associations d’idées ont vocation à la stimuler.

PHÉNOMÈNE 2 : L’ADAPTATION À LA CONTRAINTE

La pauvreté, la maladie, le handicap, le manque de temps sont autant d’invitations à s’adapter pour continuer à vivre.

Ainsi, à l’état naturel, les tensions et les contraintes inspirent souvent l’innovation.

L’Inde est la championne du Jugaad, une approche de l’innovation frugale qui promet de faire plus avec moins.

Les grands paresseux deviennent très ingénieux quand il s’agit de changer un système pour « ne régler un même problème qu’une fois »
Dickerson

Pour enrichir le propos avec un exemple savoureux et Made in France : le morbier du Jura, qui consiste à faire un fromage en séparant la traite du matin et celle du soir par une couche de cendres, ne serait jamais né si les paysans avaient été plus riches. S’ils avaient eu assez de vaches pour faire leur fromage d’une seule traite, l’histoire en aurait été changée.

Toutes les souffrances porteraient elles en elles le ferment d’un monde meilleur ?

Il est en tout cas intéressant de se confronter à des questions de créativité qui génèrent de l’inconfort.

Dernièrement, je me suis amusé avec un groupe de trois étudiants très inventifs :
« Comment faire un couscous pour 100 personnes en moins de 10 minutes ? »

PHÉNOMÈNE 3 : LES PASSIONS CRÉATRICES

Il y a bien sûr la « petite » passion, la passion au sens moderne et quotidien : une émotion positive, un goût marqué.

Elle permet parfois d’innover plus vite, plus loin, car elle donne du sens. Mais attention : elle peut tout aussi bien générer des effets de fixation et produire l’effet inverse.

Plus intéressant encore, il y a la passion au sens premier du terme : un état émotionnel que l’on subit et qui occupe excessivement l’esprit.

Sans la colère, pas de nouveaux sports de combat.
Sans l’envie, pas de marques griffées sur mes vêtements.
Sans un brin de paresse, pas de divertissements.
Sans l’avarice, pas de monnaie, pas de banque.

« Attaquer les passions à la racine, c’est attaquer la vie à la racine »
Nietzsche

En créativité, les passions et les archétypes sont mises à profit dans des techniques de storytelling proches du théâtre.

Pour conclure

Ré apprendre la créativité dans l’entreprise, à tous les échelons et sur tous types de fonctions, c’est une manière robuste et amusante de renouer avec un mode d’innovation plus naturel.

À quand un label d’innovation slow et bio ?

Jean.

Analogie volontaire avec l’agriculture :
L’open innovation, c’est le hors sol.
Les fabless dealent de l’engrais en spéculant sur les brevets.
Les GAFAM, c’est Monsanto.
Moi, caricatural ?

Jean Fox
Éclaireur stratégique
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