Dans le monde de la créativité et de l’innovation, on peut vite se noyer dans les méthodes, les outils, les théories et même un bon nombre de pseudo théories. Alors comment faire le tri ?
Dans ce monde, on trouve beaucoup de « magiciens » : ceux qui veulent faire croire qu’ils détiennent des secrets.
On trouve aussi beaucoup de « logiciens » : ceux qui fondent leur démarche sur le respect scrupuleux d’un processus.
Eh bien, ni magicien ni logicien, je vous propose de continuer notre tour d’horizon des méthodes de conception innovante.
Souvenez vous, nous avons déjà parlé de design thinking, une approche que je pratique dans mon métier. Voici venu le temps de vous parler de TRIZ.
Vous l’aviez déjà compris : TRIZ n’est pas une marque de bonbons, mais une méthode de créativité et d’innovation qui a fait ses preuves.
Son origine ?
C’est Genrich Altshuller, un ingénieur soviétique, qui développa à partir de 1946 sa Théorie de Résolution des Problèmes Inventifs. Ce qui, en russe, donne l’acronyme TRIZ.
Son intérêt ?
Elle permet à tous de pratiquer une forme de créativité guidée, par opposition au brainstorming qui est plus aléatoire. D’ailleurs, pour Altshuller :
« La créativité n’est pas un don. Tout ingénieur peut apprendre à être inventif. »
Sa légitimité ?
C’est l’étude minutieuse de 40 000 brevets qui a permis de la mettre sur pied. Bref, un vrai truc d’ingénieur.
Sa grande idée ?
Les avancées technologiques n’arrivent pas par hasard. Elles répondent à des lois qui peuvent être décrites.
Il en découle trois conséquences :
Ce qui me semble très intéressant, c’est que TRIZ est une méthode créative par essence, parce qu’elle nous invite à un détour créatif.
Face à un problème de conception innovante, TRIZ consiste à passer d’abord par une phase d’abstraction. Il s’agit de « coder » le problème à résoudre sous forme de contradictions.
Pour faire cela, on dispose de :
Je vous ai perdu ? Voilà comment ça peut marcher concrètement.
Par exemple, on veut réaliser une aile d’avion la plus légère possible. Mais si elle est plus légère, elle risque d’être moins résistante. Il y a une contradiction entre deux fonctions : le poids et la tenue mécanique.
Grâce à la matrice de résolution des contradictions, établie à partir de l’analyse des brevets existants, au croisement « poids – tenue mécanique », on va trouver des pistes de résolution :
Il s’agit certes d’une méthode de créativité guidée, car elle est moins aléatoire que le brainstorming dont nous avons déjà parlé ensemble.
Voici les 4 règles du jeu d’un groupe de travail TRIZ, qui ressemblent beaucoup à celles d’un groupe de créativité :
Pour lutter contre l’inertie mentale qui nous éloigne de la solution, TRIZ propose des techniques intéressantes.
Parmi elles, la méthode des hommes miniatures : on imagine que l’objet étudié est peuplé d’hommes miniatures. On se demande comment ces hommes pourraient agir au sein de l’objet pour atténuer ou supprimer la contradiction technique identifiée.
Cet exercice force à visualiser le problème et à l’examiner « de l’intérieur » pour mieux le résoudre.

L’intérêt principal de TRIZ consiste à proposer des modèles de solutions.
Elle est largement utilisée en France, dans des industries comme l’aéronautique ou l’automobile. Elle a ses experts reconnus, et 2 ou 3 logiciels permettent de la pratiquer.
Certains esprits chafouins formulent toutefois quelques limites. En voici trois :
On oppose souvent TRIZ et la « créativité » au sens de la résolution créative de problème. En réalité, les deux démarches semblent plutôt complémentaires.
On pourrait dire que TRIZ exploite prioritairement la connaissance, et que la créativité exploite prioritairement l’imagination.
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